
Après 24 city de Jia Zhangke l'année dernière, une nouvelle production du cinéma social chinois débarque en France. La tisseuse, de Wang Quan'an, auteur remarqué du Mariage de Tuya, avec la même actrice principale, qui traitait également du destin d'une femme chinoise, mais d'origine mongole.
A la différence de de 24 city, Wang Quan'an ne réalise pas ici de docu-fiction, mais intègre une histoire sentimentale au sein de l'univers ouvrier chinois. Comme Jia Zhang Ke, le récit s’insère dans les transformations de l’appareil productif chinois engagées avec les réformes économiques. La tisseuse, c’est Lily, une mère de famille qui travaille pour un salaire de misère dans une fabrique de tissu. Son mari, au chômage (xiagang) depuis la réorganisation de l’entreprise (une nouveauté imposée par la Mise au travail capitaliste), vend du poisson au marché de Xi’an. Apprenant qu’elle a un cancer et que ses chances de survie sont minimes, Lily tente de retrouver son premier amour, un ouvrier du textile muté à Pékin une dizaine d’années auparavant, qui jouait de l’accordéon dans l’orchestre de l’usine.
On pourrait voir dans ce film, comme dans celui de Jia Zhangke, une certaine nostalgie pour la période maoïste. Les ouvriers avaient du travail, l’avenir n’était pas radieux mais au moins sûr, et la socialisation par le travail permettait de nouer des solidarités. Tous ces éléments sont abordés dans le film, que ce soit au travers des licenciements économiques, de la destruction des hutongs de Pékin où par la chorale des ouvrières, dernier reste de l’amitié soviétique (la chanson La tisseuse a été importé par les russes, dont une version dans la langue de Staline vous sera donné à écouter si vous rester jusqu’à la fin des crédits). Mais ce serait considérer le film de façon bien trop superficielle que de n’y voir qu’une simple nostalgie du maoïsme. L’indigence des rôles masculins permet une réflexion sur la place des sentiments dans le milieu des ouvriers. Si la parole se fait rare, les actions, comme la vente par le mari de la demeure familiale afin de payer les soins de sa femme qu’il sait mourante, prouvent l’attachement qu’il lui porte. Si Lily méprise son mari, son amant ne vaut pas finalement mieux, et son vide existentiel ne pourra être comblé que par la mort, qu’elle tente par deux fois de s’infliger, en vain.
Un film essentiel pour comprendre la Chine, à des années lumières d’un film en tout point médiocre comme Memories of love, sorti l’année dernière qui met en scène de façon dramatique un chirurgien, une décoratrice d’intérieur et un professeur de tango, prit lui aussi dans un triangle amoureux. Mais on y croit beaucoup moins.





